04/02/21

Contribuons à la protection des tigres sauvages avec Stéphane Ringuet !

Le thé
Contribuons à la protection des tigres sauvages avec Stéphane Ringuet !  | Kusmi Tea

Nous vous en parlons depuis un moment : Kusmi Tea s'engage auprès du WWF pour participer à la protection des tigres sauvages. Notre partenariat a débuté en 2018, et s'intensifie en 2020 avec le lancement d'un thé dédié au Tx2, Tchaï of the Tiger


Pourquoi le tigre ? Le tigre sauvage est une espèce emblématique des régions productrices de thé.

 

A l’occasion de cette collaboration 100 % engagée, nous partons à la rencontre d’un homme particulièrement impliqué dans la conservation des espèces sauvages menacées : Stéphane Ringuet.

Responsable du programme « Commerce des Espèces Sauvages » au WWF France, Stéphane Ringuet, Dr. en écologie tropicale (Muséum national d’Histoire naturelle) est un homme intéressé par la science et un passionné d’espèces sauvages. Depuis 20 ans, il travaille au WWF France et agit au quotidien afin d’offrir aux générations futures une planète vivante et en préservant cette précieuse biodiversité. Il nous en dit plus sur son travail et son engagement auprès de tigres.

 

  • Pouvez-vous nous décrire le tigre sauvage ? Dans quel type d’espace évolue-t-il ? Où le trouve-t-on ?  Sa taille ? Son régime alimentaire ?

 

Le Tigre (Panthera tigris) est aisément reconnaissable à sa fourrure rousse rayée de noir. Il est le plus grand félin d’Asie (les plus gros mâles peuvent mesurer plus de 3 m et 300 kg) et l'un des plus grands carnivores terrestres. En moyenne, les tigres donnent naissance de deux à quatre petits tous les deux ans, et peuvent survivre jusqu’à l'âge de 20 ans dans la nature.  

Grands nageurs, aimant l’eau, les tigres fréquentent des habitats très variés comme des forêts tropicales, des forêts de conifères, des mangroves, des prairies, des savanes et des forêts tempérées. Ceci-étant, pour survivre, tous les tigres ont besoin d’une végétation dense, de la présence de grands ongulés pour se nourrir, et d’un accès à l’eau. 

Les tigres sont généralement solitaires. Les adultes conservent des territoires exclusifs, ou domaines vitaux, qui peuvent s’étendre de quelques dizaines à plusieurs centaines de km2, selon l’abondance des proies. Chasseur solitaire, pouvant parcourir 20 km en une nuit, ses proies favorites sont des grands mammifères (e.g. cerfs et sangliers), Si seule une chasse sur dix est fructueuse, un gros cerf peut fournir à un tigre une semaine de nourriture.

S’ils évoluaient autrefois dans la quasi-totalité de l’Asie, les tigres sauvages sont aujourd’hui uniquement présents dans 13 pays, à savoir le Bangladesh, le Bhoutan, le Cambodge, la Chine, l’Inde, l’Indonésie (Sumatra), la République populaire démocratique lao, la Malaisie, le Myanmar, le Népal, la Russie, la Thaïlande et le Vietnam.

 

Tigre allongé

 

  • Quel est le rôle du tigre sauvage dans notre biodiversité ? Pourquoi est-ce une espèce à préserver ? Quelle est l’urgence à l’heure actuelle ?

Le tigre est une espèce en danger inscrite sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN. Cette espèce, qui peut nous faire peur et/ou nous émerveiller, est importante d’un point de vue écologique, économique et culturel et doit être sécurisée dans son milieu naturel. Ce grand félin est à la fois révéré, admiré et craint par des millions de personnes partout sur la planète. Cependant, s’il disparaît des forêts, il ne restera que des légendes anciennes et quelques animaux en captivité. Et ce n’est franchement pas le monde dont je rêve.  

En effet, n’oublions pas que d’avoir la chance d’avoir (et de protéger) un seul tigre sauvage, c’est d’abord avoir la chance d’avoir (et de protéger) son habitat qui peut s’étendre sur une centaine de km2, et donc la chance d’avoir (et de protéger) celui de nombreuses autres espèces sauvages dans la même zone ("espèce parapluie"). D’autre part, en tant que grand prédateur, le tigre joue un rôle clé dans le maintien de la bonne santé de son écosystème. Cet écosystème offre aux animaux et aux humains de l’eau douce, de la nourriture, et bien d’autres services vitaux : cela signifie qu’en sauvant les tigres, nous apportons également notre aide aux populations humaines qui ont besoin d’un environnement sain. De plus, les tigres peuvent générer des activités économiques (liées au tourisme notamment), permettant d’apporter des sources de revenus alternatives aux communautés locales. Bref, en protégeant les tigres, nous protégeons les forêts - ce qui, en fin de compte, profite à tous.

Et cette protection du tigre est aujourd’hui plus que nécessaire pour faire face aux grandes menaces actuelles qui pèsent sur sa survie, à savoir la disparition et la fragmentation de son habitat naturel (93% de l’habitat historique du tigre a aujourd’hui disparu) et le braconnage et le commerce illégal de tigres (10 tigres par mois sont en moyenne saisis pour commerce illégal dans le monde).

Il est donc urgent de maintenir des actions de conservation du tigre à travers notamment un renforcement de l’efficacité de la gestion des sites hébergeant des tigres et leurs proies, mais aussi en luttant contre le braconnage et le commerce illégal.

 

  • Quelle est la situation actuelle des tigres sauvages ? Combien sont-ils en 2021 ? Récemment, on a lu dans la presse que le nombre de tigres sauvages avait augmenté de 30 % en quatre ans. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce progrès ?

En 2010, on s’est approché d’un point de non-retour : Bien qu’il n’existe aucune estimation fiable de la population mondiale de tigres, on pense qu’elle a diminué de 95 %, de peut-être 100 000 individus au début du XXe siècle au chiffre probable et très faible de 3 200 individus il y a 10 ans (niveau historique le plus bas). Et rappelons que dans les années 80, trois sous-espèces ont disparu (les tigres de Bali, de Java et de la Caspienne).

En avril 2016, soit à mi-parcours entre 2010 et 2022 (année du tigre en Chine), l'estimation globale était proche de 3 900 tigres sauvages, soit une augmentation de 25% depuis 3100. Cette augmentation provient principalement d'Inde, de Russie, du Népal et du Bhoutan et est probablement due à de nouvelles zones inclues dans les enquêtes nationales, l'amélioration des techniques d'enquête ainsi que la croissance de la population due aux efforts de conservation. Il convient de noter que depuis 2016, certains pays ont mis à jour leurs estimations nationales, portant à la hausse leur nombre de tigres, comme c’est le cas pour l’Inde (2967 en 2018 contre 2226 en 2016) ou le Népal (235 en 2019 contre 198 en 2016). Cependant, la situation dans les pays d’Asie du Sud-est reste toujours préoccupante. Enfin, si l’approche quantitative est importante, l’approche « qualitative » doit l’être aussi, à savoir qu’au-delà du nombre de tigres, il est important de s’assurer qu’ils forment des populations viables installées sur des grands espaces pas/peu fragmentés et giboyeux leur permettant de se maintenir et se développer. C’est un enjeu important face à la destruction et la fragmentation de leurs habitats.

Bref, après avoir atteint un niveau historiquement bas en 2010, la population mondiale de tigres augmente régulièrement. Les efforts de conservation ici entrepris ont pour la première fois permis d’inverser la courbe de diminution de la population mondiale de tigres depuis le début du 20ème siècle, même s’il reste encore des efforts à faire pour atteindre l’objectif Tx2, soit environ 6000 tigres en 2022.

 

  • Le tigre sauvage est une espèce emblématique des régions productrices de thé. N’est-ce pas ?

Les tigres ont une immense valeur culturelle aux niveaux mondial, national et local et pour une multitude de groupes ethniques, notamment dans différents pays asiatiques producteurs de thé. L’Inde est un de ces principaux pays producteurs de thé, hébergeant à lui seul plus de la moitié de la population mondiale de tigres sauvages. Les tigres sont ici présents dans différentes régions, notamment dans des régions productrices de thé, que la soit la région d’Assam (plaines situées au nord-est du pays), de Darjeeling (située au nord-est de l’Inde) ou en encore de Nilgiri (située sur les montagnes du sud du pays). Le dernier recensement de tigres par les autorités indiennes en 2018 souligne une augmentation de la population de tigres dans les Etats de Tamil Nadu (incluant le district de Nilgiri) et d’Assam de 2006 (146 tigres) à 2018 (454 tigres). En revanche, il semble que les 10 tigres présents en 2006 dans l’Etat du West Bengal (Darjeeling) aient disparu en 2018. 

J’aimerai cependant souligner que les capacités des tigres peuvent être importantes, et que les grands félins sont prolifiques. Le plus important est que si on lui donne l’espace, les proies et la sécurité nécessaire, le tigre peut se rétablir et conserver sa place de « roi » de la jungle asiatique.

 

Inde

 

  • Avez-vous mené des expéditions sur le terrain pour observer les tigres ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai eu l’occasion d’aller sur le terrain, notamment dans certaines aires protégées au Népal, en Inde ou au Bhoutan. A cette occasion, j’ai eu la chance de pouvoir observer un tigre dans la réserve de Corbett (sans doute la réserve indienne la plus abondante en tigres), alors qu’il se déplaçait lentement dans des hautes herbes jaunies ; et fait du hasard, j’assistai à cette scène juste après avoir pu observer, à quelques kilomètres de là, un léopard perché en haut d’un arbre. Plus récemment, j’ai observé des traces très fraiches de tigre dans le parc national de Royal Manas au Bhoutan, à la frontière indienne. Ces traces étaient juste à côté de traces d’éléphant. Les éco-gardes, avec lesquels je me déplaçais dans le parc, m’ont alors fait sentir une herbe, dont l’odeur, selon eux, trahissait le passage récent d’un tigre. Mais, je n’ai hélas pas pu voir le spécimen, un des 30 tigres recensés dans ce parc.

 

  • Quel est votre rôle ? Quelles sont vos actions pour préserver cette espèce ? Comment intervenez-vous avec le WWF ?

Je suis responsable d’un programme portant sur la protection des espèces sauvages, notamment en lien avec la lutte contre leur braconnage et leur commerce illégal. Dans ce cadre, mes actions sont assez diverses allant du montage et l’appui de projets sur le terrain notamment en Asie (Indonésie et Bhoutan par exemple) en lien avec les bureaux du WWF sur le terrain, à la collecte, la recherche et l’analyse d’informations sur le commerce de tigres (en travaillant notamment avec le programme TRAFFIC), à la mobilisation d’acteurs du secteur privé pouvant être impliqués (malgré eux) dans le commerce illégal, à la sensibilisation et communication des résultats de rapports disponibles, ou encore au plaidoyer (suivi des réunions sur la CITES par exemple) et l’échange d’informations avec les organismes en charge de la protection de la biodiversité.

 

  • Comment le tx2 a-t-il déjà pu aider à son échelle ? Quelles ont été les actions menées ?

L’initiative du WWF pour la sauvegarde du tigre cherche à mettre en place les conditions nécessaires au doublement de la population de tigres sauvages d’ici à la prochaine année du Tigre en 2022. C’est en novembre 2010, à l’occasion du Sommet du Tigre - un moment historique – que ce projet, qui vise à renverser immédiatement la tendance au déclin des populations de tigres sauvages, a reçu un soutien international de haut niveau. En ce qui concerne les actions Tx2, le WWF reste un élément moteur majeur et il travaille notamment à impulser une dynamique politique pour s’assurer que les tigres restent une priorité absolue pour les dirigeants mondiaux. Ses priorités portent aussi sur la professionnalisation de la protection des espèces sauvages à travers la formation des rangers, le développement de standards de conservation (CA/TS) et de technologies (SMART) pour atteindre un objectif Zéro Braconnage. Le WWF combat aussi le commerce illégal d’espèces sauvages à travers son partenariat avec TRAFFIC. D’autre part, il focalise ses efforts sur les paysages clés du tigre où se trouvent les bastions essentiels de l’espèce. Enfin, il s’assure qu’il y ait suffisamment d’espaces à la fois pour les personnes qui vivent à proximité des tigres et les tigres (questions de la gestion des zones périphériques aux aires protégées, atténuation des conflits).

 

  • Nous en sommes tous conscients : le tigre n’est pas le seul animal en voie de disparition. Selon vous, quelle disparition représente le plus grand bouleversement dans la biodiversité ? 

Après plusieurs millions d’années d’existence sur notre planète, les tigres sont aujourd’hui menacés, incarnant la surexploitation par l’homme de la mégafaune terrestre, en particulier des grands prédateurs, mais aussi de dizaine de milliers d’autres espèces moins connues. Les chiffres sont là : 27% des espèces sauvages évaluées dans la liste rouge de l’UICN sont menacées ; l’IPBES estime à 1 million le nombre d’espèces menacées d’extinction (incluant les insectes notamment) dans les prochaines décennies; et le dernier Rapport Planète Vivante du WWF, qui mesure la biodiversité à partir du suivi de 20811 populations appartenant à 4392 espèces de vertébrés, souligne un déclin moyen de ces populations de 68% de 1970 à 2016. Bref, nous assistons à une érosion de la biodiversité, c’est à dire des espèces sauvages qui la composent, mais à travers elles des relations qu’elles entretiennent entre elles (prédation, associations, etc.) et avec leur habitat (dispersion de graines, etc.). La chaine du vivant (espèces sauvages et leurs habitats, et leurs liens) forme un tout, et la disparition d’un de ces éléments peut affaiblir cette chaine. Bien évidemment, la disparition d’espèces « parapluies » comme le tigre peut avoir un impact important sur la biodiversité. Mais il me semble que la disparition des habitats, lieux de vie essentiel des espèces sauvages et de nombreuses personnes qui en dépendent pour leurs moyens de subsistance, reste une menace actuelle très importante pour la biodiversité. C’est particulièrement vrai pour le tigre qui vit actuellement dans 7% de son habitat historique. 

 

tigre allongé sur la roche

 

  • Comment à petite échelle pouvons-nous nous engager pour préserver cette espèce et plus largement pour sauver la biodiversité ? Comment nos lecteurs peuvent-ils contribuer ?

Où que nous vivions, nous pouvons tous contribuer à la sauvegarde du tigre et de plus largement de la biodiversité. Le soutien à des associations de protection de l’environnement (sous différentes formes) est bien sûr possible. Mais plus globalement, nos choix notamment en tant que consommateur·rice ou citoyen·ne responsable peuvent faire la différence, en matière d’alimentation, de transport, d’énergie, etc. Par exemple, n’achetons rien qui puisse contenir des produits issus du tigre (le braconnage du tigre vise à satisfaire l’important commerce de ses parties : par exemple, ses os sont utilisés en médicine traditionnelle chinoise, et sa peau sert à confectionner des vêtements) et d’une façon générale, renseignez-vous bien avant d’acheter des spécimens (parties ou produits) d’espèces sauvages (des règlementations existent en ce qui concerne le commerce d’espèces sauvages). Dans le doute, s’abstenir. Achetons plutôt des produits issus de l’exploitation durable de la forêt et de l’agriculture durable pour lutter contre la destruction des habitats. Privilégions les produits labélisés / certifiés, comme par exemple le FSC qui garantit que le papier ou le bois utilisé est issu de forêts bien gérées. Et surtout, mangeons moins de viande (environ un tiers de notre impact individuel sur l’environnement est lié à l’alimentation). Bref, tous les jours, nous avons le pouvoir d'agir ! C’est sur ce constat, que le WWF a notamment développé une application « We Act for Good (WAG) » qui redonne à chacun du pouvoir sur sa consommation en simplifiant le changement de comportement – et ceci pour réduire notre empreinte sur la planète pour protéger la biodiversité. A nous de jouer !

Tchai of the Tiger vous invite à vous engager à votre échelle tout en dégustant une recette de thé noir épicé certifiée agriculture biologique. Pour une boite achetée, nous nous sommes engagés à reverser 1€ au projet Tx2 mené par le WFF pour doubler la population des tigres sauvages d’ici 2022, l’année du tigre dans l’astrologie chinoise.

 

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