1867-2007: La Maison
de thé Kousmichoff
Pavel à Saint Petersbourg 1867
Fils aîné d'une simple famille
paysanne russe, Pavel Michailovitch Kousmichoff, né
en 1840, quitte à l'âge de 14 ans son village
natal et s'en va à pied chercher du travail à
St Petersbourg. Il est engagé comme simple livreur
dans un magasin de thé.
Le directeur de ce magasin découvre bien vite
les qualités surprenantes de ce garçon,
qui ne sait ni lire ni écrire et décide
de s'en occuper. Il lui donne une éducation et
l'initie au commerce et aux secrets des mélanges
de thé.
Devenu jeune homme et se rendant de plus en plus indispensable
à son patron, Pavel fait la connaissance d'une
jeune fille, Alexandra Egorovna, dont le père
est un grand marchand de papier. Après une cour
assidue, il demande sa main à son père
qui, devinant les qualités de ce jeune homme,
accepte de lui donner sa fille en mariage. Heureux de
cette alliance, son patron offre à son protégé,
maintenant âgé de 27 ans, un petit magasin
au 45 de la rue Sadovaïa, avec un appartement au
premier étage. C'est ainsi que nait en 1867 la
maison de thé P. M. Kousmichoff.
En 1868 il prend la patente de marchand de seconde guilde
à St Petersbourg. Dès 1871 il s'inscrit
au rang des marchands de la ville ce qui le rattache
à la chambre de commerce de la région.
En
1870 il tient également une auberge, un traktir,
sur le Boulevard Tsarskosselski. En 1871, il ouvre un
autre magasin près du pont Tsepnoï, dans
la maison de Tchessiokovo.
Dix ans plus tard il possède déjà
quatre magasins.
Pavel devient alors un notable de Saint Petersbourg.
Marchand de première guilde il reçoit
la médaille de citoyen d'honneur de la ville
puis est élu représentant de l'Ordre des
Marchands et enfin, entre 1883 et 1887, juge au Tribunal
de Commerce.
De son union avec Alexandra naissent deux premiers enfants
: un fils, Viatcheslav (1878) et une fille Elisabeth
(1880) pour laquelle il crée la recette de ce
qui deviendra le thé du tsar, Bouquet de Fleurs.
Quatre autres enfants viennent ensuite agrandir la famille
: deux fils Constantin (1881) et Michel (1884), et deux
filles Véra et Nadia.
Pavel monte encore deux autres magasins de thé.
En 1901 il agrandit son affaire de cinq boutiques supplémentaires
et y ajoute un grand immeuble, dans lequel il place
toute sa famille. Il est alors très riche, sa
société se plaçant parmi les trois
plus grosses de Russie, qui est à l'époque
le deuxième importateur mondial de thé
!
Viatcheslav à Londres 1907
Après
ses études au collège, il envoie son fils
aîné, Viatcheslav, se familiariser avec
le thé à Londres. Celui-ci commence comme
stagiaire sur les docks chez un correspondant de la
maison russe puis débute dans les affaires en
ouvrant en 1907 près des quais la succursale
anglaise P.M. Kousmichoff & Sons au 11, Queen Victoria
Street. A cette époque la City est le centre
mondial du commerce du thé. De nombreuses maisons
de thé russes s'y installent pour développer
leurs affaires. A cette même époque, Wissotsky
y crée la Anglo-Asiatic Company qui deviendra
le thé Anglas. La Maison Goubkine & Kousnetsov
y est déjà présente depuis quelques
années. Viatcheslav devient un grand spécialiste
de thé, ayant profité de ses années
londoniennes pour parfaire les connaissances acquises
auprès de Pavel.
De retour en Russie et après le décès
de son père en 1908, Viatcheslav prend la direction
de l'affaire familiale et obtient le titre de citoyen
d'honneur et la place de conseiller municipal de la
Chambre des Députés. Il sera plus tard
président de la Chambre de Commerce. Il associe
à l'affaire son frère Michel, devenu avocat.
En 1911, la société ouvre son premier
magasin dans le centre de Kiev et un grand magasin dans
le centre de Moscou. Toutes ces boutiques ont existé
jusqu'à la Révolution. A la même
époque la maison de thé P.M. Kousmichoff
& Sons est primée à Exposition Internationale
de Londres.
En 1912 la société se compose d'un capital
de 600 000 roubles dont 525 000 appartiennent à
la famille Kousmichoff. Elle réalise un chiffre
d'affaires de près de 7 millions de roubles.
Au fait de sa gloire, la maison comptera jusqu'à
51 magasins répartis dans toutes les villes de
Russie.
Arrivée à Paris 1917
En 1916, pressentant un désastre, Viatcheslav
transfère une partie de sa fortune au bureau
de Londres et crée à Paris en 1917 la
maison Kusmi-Thé. Mais s'il vit la majeure partie
du temps à Paris, sa famille est toujours à
Saint Petersbourg. La veille de la Révolution,
sans se douter le moins du monde de sa clairvoyance,
il l'envoie passer l'été dans le Caucase
entre la Mer Noire et la Caspienne. C'est à ce
moment là que survient la Révolution et
la défaite au cours de l'année suivante
de l'Armée Blanche. Les « Rouges »
descendent vers le Caucase et poussent donc Viatcheslav
à faire fuir sa famille.
Il
arrive un soir sur leur lieu de villégiature
déguisé en paysan et les emmène
d'abord dans un train de marchandises puis par la fameuse
Route Militaire Géorgienne vers Tbilissi en Géorgie.
Vingt-huit personnes sont du voyage, car, la famille
ayant quitté Saint Petersbourg sans hâte,
avait emmené, outre quelques cousins, gouvernante
allemande et précepteur du jeune frère.
Sans oublier fourrures et bijoux ! Ces derniers ont
d'ailleurs sauvé la famille en lui permettant
d'acheter les dernières places sur le bateau
allant de Batoum à Constantinople.
Un
peu plus d'un an s'est écoulé entre l'été
1917 et l'arrivée à Constantinople où
la famille s'établit, pensant la Révolution
de courte durée. Las ! Dix-huit mois plus tard,
rien ne laissant prévoir une quelconque amélioration,
Viatcheslav installe tout le monde en 1920 à
Paris, à l'Hôtel Farnèse, face à
la Tour Eiffel.
La famille, qui compte trois enfants, Véra, Nadia
et Constantin, y passe quelques années, occupant
tout un étage, toujours accompagnée de
« Fräulein » qui avait quitté
la Russie avec elle !
La société Kousmichoff a maintenant son
activité principale à Paris, au 75 de
l'avenue Niel, dans d'anciennes écuries, où
Viatcheslav poursuit le développement de l'entreprise
(c'est encore à cette adresse que 87 ans plus
tard, on peut encore venir acheter du thé Kusmi
!) et ouvre un salon de thé au 11 bis de l'avenue
Victor Hugo.
L'entre-deux-guerres à Berlin 1927
Les années d'entre-guerre voient l'entreprise
familiale, déjà devenue grande, prospérer.
Elle ouvre des bureaux et des dépôts à
New York, Hambourg, Constantinople, Belgrade et Zagreb.
Mais son principal négoce hors de France se porte
maintenant à Berlin, où elle tient magasin
au 9 de la Mühlenstrasse à Schöneberg.
En 1927, l'entreprise reçoit d'ailleurs la médaille
d'or à Hambourg. La même année elle
obtient la médaille d'or à l'Exposition
Culinaire et Gastronomique de Paris.
Les affaires prospèrent jusqu'à la déclaration
de la guerre en 1939. Gardant son bureau de Paris, Viatcheslav
achète une villa à Brunoy où il
stocke toute sa marchandise. Pendant l'occupation, il
commercialise des ballotins de « Lotys »,
boisson agréable rappelant le thé !
Viatcheslav Kousmichoff décède juste après
la guerre, en 1946, laissant à son fils Constantin
la succession de l'entreprise familiale affaiblie par
la guerre.
Mais
Constantin n'a pas la même fibre des affaires
que son père et son grand-père. C'est
un homme qui aime la vie et la brûle par les deux
bouts. Un artiste, amoureux du thé mais résolument
fâché avec les chiffres. A sa décharge,
la situation d'après-guerre est terrible. Il
n'est pas aisé, en cette période de crise,
de développer les ventes d'un produit qui n'est
pas de première nécessité. Il tente
tant bien que mal de maintenir l'entreprise à
flots mais y parvient de moins en moins bien. Dans les
années cinquante et soixante, il se voit donc
contraint de fermer un à un les bureaux à
l'étranger ainsi que le salon de thé de
l'avenue Victor Hugo. En 1972, au bord de la faillite
il cède l'affaire dans des conditions détestables
et finira dans le plus total dénuement. Il décèdera
en 1985.
Dans les années qui suivent, la société
Kousmichoff continue de commercialiser les thés
Kusmi Tea avec des fortunes diverses. S'ils ont aussi
des dispositions artistiques et une certaine connaissance
des saveurs, les talents de gestionnaires des repreneurs
ne sont guère plus au point. Après avoir
frôlé la faillite et fait entrer des financiers
dans le capital de la société, ces derniers
exigent qu'elle soit cédée afin d'éviter
les déconvenues qu'ils entrevoient si rien n'est
fait.
En 2003, les frères Orebi, issus d'une longue
lignée de négociants en matières
premières, rachètent Kousmichoff. Après
avoir fait le commerce du coton au XIXème siècle,
celui des métaux non-ferreux dans la première
partie du XXème siècle, la famille Orebi
s'installe en 1962 dans le commerce du cacao et du café
qui l'a naturellement menée à s'intéresser
au thé.
Elle reprend flambeau pour perpétuer la tradition
instaurée par Pavel, Viatcheslav et Constantin
Kousmichoff et développer le rayonnement international
de la marque Kusmi Tea.
140 ans après sa création, la Maison Kousmichoff
retrouve une présence internationale forte. Mais
aujourd'hui les seuls comptoirs que l'on doive ouvrir
sont ceux des grands magasins de luxe du monde entier
: à Londres, New York, Tokyo, Vienne, Berlin,
Copenhague, Saint Petersbourg ou Montréal Kusmi
Tea est présent dans les plus beaux endroits
et ouvre une boutique et un salon de thé dans
le cœur de Paris. Sans oublier la boutique en
ligne qui met à portée de mains de chacun
les merveilleux thés conçus par de formidables
créateurs depuis 1867.
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